Pour un web ouvert

« Fort heureusement, il n’existe pas un seul web mais plusieurs », écrit Guillaume Vissac sur son blog Fuir est une pulsion après avoir pris connaissance de ma proposition de lancer une web-association des auteurs. Et il dit avoir lui aussi beaucoup réfléchi sur le concept de « web-édition », et que ce n’est pas un modèle qui l’attire.

Les idées sont importantes, mais mettre en pratique l’est plus encore: cette semaine j’accueillais Guillaume sur Oeuvres ouvertes, Pierre Cendrin reprenait un texte de moi et un autre de Claude Favre. Le choix n’est pas entre un camp et un autre – j’ai lancé une proposition, pas un appel à se battre -, mais entre deux logiques: celle d’un web fermé, avec péage à l’entrée (ici on appelle ça le Tiers payant) où il s’agit avant tout de contrôler le plus de territoire possible (textes et auteurs), et celle d’un web ouvert qui permet que les textes circulent librement de blog en blog et que le web littéraire accueille avant tout des activités d’écriture ouvertes sans hiérarchie ni domaine fermé. L’édition, avec ses comités et ses clans, on laisse au monde ancien. Oui, il y a deux logiques, et elles ne sont pas conciliables à mes yeux. Pourquoi ne pas le dire ?

Ces derniers jours, j’ai passé du temps dans les archives de Thierry Crouzet. Nos blogs sont des mines dont la plupart des textes ne sont plus lus (plus de 2000 sur Oeuvres ouvertes), il me paraît important d’y retourner et de faire redécouvrir, et de ne pas être toujours dans la fuite en avant.  Chez Thierry, de nombreuses réflexions importantes sur le web comme espace politique où les pouvoirs centraux et pyramidaux sont sans cesse remis en question. Sur Oeuvres ouvertes, je reprends un de ses billets intitulé Nouvel empire. C’est à la marge des empires, dit-il, que des nouveaux réseaux se créent, qui peuvent être fondés sur autre chose que le désir de maîtriser un territoire en plaçant un peu partout des barrières (“Notre comportement grégaire met en danger la neutralité en créant des centres de puissance”, écrivait Thierry Crouzet sur son blog il y a quelques jours).

Pour que la web-association des auteurs existe et se développe (car je ne vois évidemment pas l’intérêt qu’elle se limite à un petit groupe clos sur lui-même), je propose qu’aient lieu régulièrement de telles reprises sur les blogs des participants. En ce qui me concerne, ce sera tous les dimanches sur Oeuvres ouvertes. Question posée aux premiers participants et à ceux qui souhaitent nous rejoindre: Qu’en pensez-vous ? Faut-il mettre comme condition d’une participation à la web-association que chaque blog reprenne régulièrement – je propose une fois dans la semaine – un texte lu les jours précédents ou redécouvert sur un autre blog ? Il peut s’agir évidemment d’un simple extrait, qu’on a envie de signaler, de donner à lire en le mettant en évidence, avec des images voire du son. L’espace des commentaires est ouvert pour discuter de ce point. Je modifierai le mode d’emploi en fonction de vos réponses. Mais il me semble important que cette pratique de reprise et de rediffusion soit régulière et ait son espace propre sur nos blogs.

En une semaine on a fait un petit bout de chemin, et je tiens à remercier Carol Shapiro, Natalia Arribas, Gilles Piazo et Pierre Cendrin d’avoir repris mon texte sur leur blog, et tous les amis sur les réseaux sociaux qui ont fait circuler l’information et pour certains exprimé leur enthousiasme (dans un climat un peu tendu il faut bien le dire). On veut un web joyeux, ouvert, libre, pas des groupes sclérosés et tristes, enfermés dans leurs certitudes et leurs propres pratiques. Il existe désormais un compte Twitter @webasso_auteurs, merci de soutenir. Qui aurait envie de créer une page Facebook ?

Ma proposition initiale: Pour une web-association des auteurs

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Web-association des auteurs, c’est lancé

Merci à Carol Shapiro, Thomas Vilatte et Guillaume Vissac d’avoir les premiers exprimé leur intérêt pour ce que j’ai baptisé web-association des auteurs, qui consisterait – c’est évidemment une démarche collective qu’il n’est pas question pour moi d’orchestrer – à faire circuler le maximum de textes de blog à blog. Besoin d’échapper sur le web à la pratique d’édition qui est codage et diffusion d’une oeuvre à partir d’un centre composé essentiellement d’un comité de lecture et d’une équipe de fabrication dirigés par un seul individu. Et si le texte n’avait plus besoin, sur le web, de cette série de procédures (un rêve, je sais): la duplication et la diffusion pouvant désormais être l’oeuvre d’une série d’individus qui se relaient et associent le texte selon leur propre lecture à d’autres supports (iconographiques, audiovisuels). C’est ce que j’ai personnellement tenté aujourd’hui avec ma première web-association avec Guillaume Vissac sur Oeuvres ouvertes (même s’il y en eut d’autres auparavant, notamment avec Brigitte Célérier, et depuis mon premier site D’autres espaces qui était déjà un espace de création collectif). Voir aussi le blog de Carol Shapiro où il est question d’interdisciplinarité et de circulations entre les arts et les cultures, donc entre les individus, de façon toujours excentrée (voire excentrique, pensées pour « la structure d’un vol d’étourneaux qui n’est possible que s’il n’y a pas de chef « ).

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Pour une web-association des auteurs

Marre de ce qui se fait depuis quelques temps déjà au nom de l’édition numérique qui commence à fortement ressembler à ce qui nous avait conduits à venir sur le web pour y échapper. Au début (autour de 2009), il y avait de l’invention, puis de plus en plus de vieux réflexes, d’anciennes coutumes ont ressurgi : normal, puisque le modèle c’était de plus en plus l’édition papier : structure fermée autour d’une équipe, comité éditorial auquel j’ai personnellement refusé de participer dès 2010. Je rêvais moi d’une autre façon d’éditer, pas centralisée autour d’un seul, et c’est tout le contraire qui advint, sauf que le livre numérique ne se vendant pas c’est vers encore une autre forme d’édition qu’on a voulu rebondir, web-édition ça s’appelle, allez-y voir si ça vous intéresse, surtout le modèle économique de la chose puisqu’on y revient toujours : comment faire chauffer la soupe, je ne savais pas que c’était au coeur de la question littéraire. Modèle totalement obscur où le blog est tout à coup payant et l’auteur rétribué suite à un savant calcul qu’il ne maîtrisera jamais, si vous vous comprenez écrivez-moi. Obsession du territoire, voilà le problème récurrent. L’éditeur numérique comme papier conquiert des territoires en publiant ses auteurs, il doit non seulement défendre jour après jour son bastion mais aussi étendre son empire, alors si ça marche pas avec le livre numérique allons-y gaiement pour la web-édition où l’auteur plutôt que de s’émanciper en créant et développant son propre blog confie un texte à son « éditeur » qui publie du texte-web au kilomètre dans sa grande marmite pour faire grandir un blog central au milieu de la galaxie-web, applaudissement du public, bravo le magicien, c’est la moquerie de Céline à propos de la littérature-variétés : Une autre ! Une autre ! (chanson). L’édition papier avait inventé le livre au kilo, la web-édition nous vend du texte au kilomètre, c’est chouette, on peut surfer dessus. Obsession du territoire, de la possession. Je fais ma tambouille sur le web et puis aussi chez mon éditeur tradi, why not. Mais chacun son job : l’auteur, son boulot c’est d’être libre, pas de voir son texte englouti dans un gouffre où il disparaîtra avec des centaines d’autres, et peu importe qu’on lui dise qu’il ait été lu 1000 fois parce que c’est vite oublié, oui un texte sur le web comme sur papier ça s’oublie vite s’il est édité dans le mauvais environnement. L’auteur, son boulot sur le web c’est de mettre en valeur le caractère unique de son texte (si c’est vraiment le cas bien sûr), et le mieux c’est sur son propre blog, pas sur celui d’un conquérant qui ramasse tout peu importe d’où ça vienne, le tout c’est que ce soit un bout de terre en plus sur le web, qu’il garde son statut de conquérant, de Gengis Khan de l’Internet littéraire, auteurs, affirmez votre liberté en n’allant pas jeter vos textes n’importe où même si ça se prétend revue contemporaine ou je ne sais quoi, mettez vous-mêmes vos textes en ligne et développez votre propre blog et votre propre réseau en ligne, si vos textes valent quelque chose ils seront plus lus et remarqués comme ça que célébrés une seule journée par je ne sais quel empereur. Auteurs, méfiez-vous des territoires impériaux quels qu’ils soient, le web littéraire offre encore pas mal d’espaces de liberté, profitez-en, renforcez-les.

A la place de la web-édition organisée complètement comme l’édition traditionnelle avec ses comités de rédaction, son patron et son obsession économique je propose autre chose, qui n’est pas entièrement nouveau sur le web mais en perte de vitesse : ce que j’appelle l’association des auteurs. C’est-à-dire le contraire de la logique impériale et territoriale, du désir de maîtrise et d’organisation d’un espace circonscrit par un petit groupe (disons une coterie). Une désorganisation volontaire du web littéraire. Une radicalité créatrice qui ne peut être réelle que si des mouvements existent dans tous les sens sans aucun organe central, que si l’écriture se dissémine hors de tout cadre étroit. Pour cela, je propose des déploiements de textes : que chaque auteur actif sur un blog personnel ou collectif reprenne régulièrement le texte d’un autre auteur sur un blog (avec son accord bien entendu). Qu’un réseau de blogs se crée entre lesquels auront lieu régulièrement (et pas seulement une fois par mois comme avec les vases communicants) des reprises de textes appréciés, avec une présentation ou pas. On peut imaginer d’autres interactions régulières, à chacun de voir. Ma proposition est la suivante :
- le blog qui veut participer à cette web-association des auteurs écrit à Oeuvres ouvertes et je l’intègre à une page où seront notés au fur et mesure tous les échanges, toutes les reprises.
- Cette page est une invitation à découvrir les textes repris dans un contexte nouveau (et donc lus par des lecteurs nouveaux) et à les reprendre, à les relancer sur son propre blog. Ainsi les textes existent dans une libre association des blogs littéraires qui font partie du réseau.

Il est essentiel que nous sortions enfin du modèle d’édition numérique actuel calqué sur celui du papier, avec filtrages par un comité de lecture central, groupe fermé et finalement sélection à partir de quelques critères qui sont ceux de deux ou trois personnes (voir d’une seule le plus souvent). Le blog littéraire n’est pas un territoire ni un patrimoine à gérer (j’étais épouvanté quand j’ai lu dernièrement qu’un blogueur écrivait à la ministre de la culture pour faire reconnaître son blog comme un patrimoine culturel !). Il faut aussi sortir de cette culture du blog d’auteur style louisdupont.net qui est enfermement de l’auteur sur son propre territoire qu’il cherche à faire annexer par un web-éditeur. Sortons de la logique territoriale, inventons des mouvements dans tous les sens, et que chaque blog personnel soit accueil de l’autre écriture, inconnue.

Désorganisons le web littéraire, disséminons les écritures.

Qui souhaite participer ?

Laurent Margantin, Saint Denis de la Réunion, 31 mai 2013

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